Marionnettes du Bout du Monde

L'Histoire des marionnettes au XXe siècle

Recherche et rédaction: Claude Saint-Louis

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Ubu roi, de Jarry
Ubu roi, de Jarry

Si ce type de théâtre étatisé est inconnu en Amérique et dans le reste de l’Europe, il n’en demeure pas moins que là aussi on est très actif. Ce sont d’abord des auteurs qui préfèrent les marionnettes aux acteurs car ils les croient seules capables de briser les conventions du théâtre et donc d’en assurer le renouveau. Cette idée n’est pas nouvelle, on la retrouve implicitement chez ce grand écrivain allemand méconnu Heinrich von Kleist. Ce sont cependant des auteurs du XXe siècle qui vont l’actualiser. On pense ici à Jarry qui veut faire jouer Ubu roi par des acteurs en bois qu’il préfère à ceux de chair. On peut aussi penser au symboliste Maeterlinck qui écrit plusieurs drames spécifiquement pour les marionnettes. Dès 1907, Craig dit que, pour que le théâtre se renouvelle, il faut que l’acteur disparaisse et ne voit pour cela qu’une solution: une surmarionnette.

Les Futuristes italiens et russes veulent s’en servir pour changer radicalement l’art de la scène. Depero réalise en avril 1918, sur la scène du Teatro dei Piccoli de Rome un spectacle intitulé Les Ballets plastiques. En cinq tableaux sur des musiques de Casella, de Malipiero et de plusieurs autres compositeurs, il réussit à transformer la scène en machine où il n’y a plus de place pour les schémas narratifs de l’action. Il construit ses marionnettes au goût des futuristes, c’est-à-dire qu’elles constituent un agencement de formes géométriques. D’autres Italiens (Prampolini, Bragaglia) et le Russe Meyerhold suivent dans cette même voie.

Les Dadaïstes comme Arp et les gens du Bauhaus comme Schlemmer recherchent dans une voie analogue un théâtre abstrait où l’humain n’a plus vraiment sa place. D’autres encore comme Pierre Albert-Birot cherchent moins à détruire qu’à reconstruire. Il veut intégrer tous les arts de la scène en un. Il rêve de scène éclatée et d’acteurs entièrement disponibles. C’est, en partie, dans les marionnettes qu’il trouve ce qu’il cherche. Il écrit de nombreuses pièces pour celles-ci, à l’aube de sa carrière. Citons pour mémoire Matoum et Tévibar (1918), Matoum en Matoumoisie, Le Petit Poucet, Les femmes pliantes.

Le Souffle, de Philippe Genty
Le Souffle, de Philippe Genty

D’autres auteurs plus connus écrivent pour la marionnette comme, par exemple, Paul Claudel qui la décrit ainsi: " La marionnette est une parole qui agit " (L’Ours et la lune, 1917). Il y eut aussi Frederico Garcia Lorca et son El Retablillo de Don Cristobal (1931). Citons aussi, au passage, Goll (Mathusalem, 1919) et Ghelderode (Le ménage de Caroline, 1920). Ce foisonnement de formes et de techniques qui marque la première moitié du siècle ne s’arrêtera plus.

Cela est si vrai qu’il est très difficile de choisir parmi les nombreux théâtres ceux qui sont les plus représentatifs de la seconde moitié du vingtième siècle.

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