Marionnettes du Bout du Monde

L'Histoire des marionnettes au XXe siècle

Recherche et rédaction: Claude Saint-Louis

Robert Anton

Le meilleur exemple que l’on puisse donner est Robert Anton. Cet artiste new-yorkais a fait des études de scénographe à l’institut Carnegie Mellon qui le firent s’intéresser en premier à l’espace scénique. C’est dans cette optique qu’il fabrique alors des décors miniatures qui dégagent une impression de mystère, d’étrangeté. De minuscules marionnettes y font leur apparition peu de temps après. Ces marionnettes sont très raffinées, malgré la petitesse de leur taille (environ 15 cm). Le format des marionnettes et du castelet ne permettent de faire que des représentations quasi intimes devant une quinzaine de personnes tout au plus. Les spectateurs sont préparés à l’événement par une longue attente, l’obscurité et le silence. Le spectacle minutieusement préparé et exécuté avec précision laisse les personnes qui l’ont vu émerveillées et enchantées, conscientes d’avoir assisté non pas à un spectacle mais à la création d’une oeuvre d’art et de vie!

Les marionnettes et le cinéma

Les marionnettes font irruption dans le cinéma dès ses débuts. Elles y apparaissent avec des acteurs ou comme seuls personnages. Dans le premier cas on peut citer les films expressionnistes allemands du début du siècle tel que Le cabinet du docteur Caligari de Murneau, où l’on présente les marionnettes sous un jour un peu sombre, tout comme dans le film de Cavalcanti, Au coeur de la nuit (1945), qui fut repris par Richard Attenborough dans son film Magic (1977). Le sujet, s’il n’est guère réjouissant, possède à tout le moins le mérite d’être fascinant: une marionnette dotée d’une personnalité propre subjugue son montreur!

Plus amusant est l’épisode de Monkey business (1931) où Harpo Marx, en voulant échapper à des policiers, s’introduit dans un spectacle de Guignol, y semant la pagaille, au grand plaisir des petits spectateurs qui le prennent pour une marionnette! D’autres cinéastes ont utilisé des marionnettes dans leurs films, par exemple Bernardo Bertolucci dans Novocento (1976) ou Dino Rissi dans Le matamore (1959).

Dans le cas des films joués entièrement par des marionnettes, nous avons, grosso modo, deux types principaux que l’on peut mélanger pour en obtenir un troisième. Dans le premier type, il s’agit simplement de filmer les marionnettes animées par le montreur en temps réel. Pour le second cas, on procède comme pour le dessin animé en modifiant la position de la marionnette à chaque prise ce qui est très lent.

Le pionnier de ce genre est Emile Cohl avec Le petit Faust réalisé avant 1910. Un autre pionnier est Ladislav Starévitch (1890-1965). Il commence dès 1910 avec La cigale et la fourmi et poursuit une longue et fructueuse carrière, d’abord en Russie dont il est l’un des fondateurs du cinéma animé, puis en France. Pour illustrer la longueur de ce procédé, il suffit de citer le film le plus connu de Starévitch, Le roman de Renart. Ce film, de 60 minutes, commencé en 1928 ne sera achevé qu’une décennie plus tard!

Le tchèque Jiri Trnka (1910-1969) a eu beaucoup d’influence sur ce genre de film en Europe au milieu du siècle. Ce marionnettiste de talent a la chance de bénéficier à la fois de ressources étendues (l’État le subventionne largement) et de progrès techniques importants (ex: la pellicule couleur). Il utilise ces moyens pour créer de très beaux films. Il fonde aussi une école importante qui place les Tchèques parmi les chefs de file du cinéma d’animation.

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