Les marginaux
Mais il n'y a pas que les théâtres d'État institutionnels. L'objectif d'Unima U.R.S.S. était de nous fournir une vision globale du théâtre de marionnettes dans le pays, c'est pourquoi ils avaient inscrit à notre calendrier la visite de deux petits théâtres non officiels, mais aussi très actifs. Le minuscule théâtre L'Ombre de Moscou est formé de deux marionnettistes, un homme, une femme. Ils ont leurs pénates dans un local de l'administration municipale qui, de plus, les rémunère. Ces deux jeunes artistes animent un théâtre d'ombres chinoises et se déplacent d'une école à l'autre avec une grosse valise bleue à étoiles et leur talent de conteur. Cette formule de théâtre ressemble davantage à ce que nous avons coutume de voir en Amérique. À Pouchkine, près de Leningrad, un autre petit théâtre, Le Cheval de bois, exerce ses activités dans une salle de 75 places aménagée à même des voûtes obscures et chaudes. Cinq personnes donnent vie à ce théâtre non subventionné. Cependant, pour survivre et faire vivre leur théâtre, ces gens exercent divers travaux non directement reliés à leur pratique théâtrale. Mais ces artistes ont le feu sacré et de jolis spectacles, et ils aspirent, eux aussi, à devenir un jour théâtre d'État.
Quels publics?
La grande majorité des théâtres de marionnettes d'État joue pour les enfants. Cependant, 20 de ces compagnies (sur 140) présentent aussi des spectacles pour adultes en soirée régulièrement, et dix autres, occasionnellement. Un seul théâtre de marionnettes, celui de Tbilisi, joue uniquement pour adultes. Au Grand Théâtre de Marionnettes de Leningrad, nous avons pu assister à un extrait d'un spectacle pour adultes Tribulations romaines. C'était extrêmement drôle et bien mené, et techniquement époustouflant.
Santé théâtrale
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| Finale chantée d'une pièce de marionnettes pour enfants au théâtre « Contes de Fées » de Leningrad |
Le théâtre se porte bien en U.R.S.S. Jouer à guichet fermé semble habituel en ce pays. Les salles sont combles, les gens s'arrachent les billets et les théâtres de toutes sortes sont légion. En U.R.S.S., 3% du budget national, nous a-t-on dit, va à la culture; il est dont aisé d'en mesurer l'importance (Québec: 0,75%). Donc, un soutien évident de l'État et l'engagement financier notable de ce dernier. Mais comment expliquer qu'à cette effervescence théâtrale il y ait si bonne réponse du public? Réponse partielle: en Amérique du Nord, la concurrence est forte entre les médias audio-visuels. La télévision hyper-développée à multitude de chaînes et souvent reliée à un magnétoscope ravit au théâtre bon nombre de spectateurs. En U.R.S.S., la télévision est beaucoup moins développée et, avouons-le, de piètre qualité technique. Elle n'est pas comme ici, un médium omniprésent. Les gens, n'étant pas accrochés au petit écran, iront donc plus facilement au spectacle, pour combler leur besoin d'émerveillement. Une attitude culturelle générale du peuple soviétique ne serait pas non plus étrangère à ce phénomène d'engouement théâtral.

